Un chantier pharaonique dans une vallée reculée
Difficile d'imaginer, en longeant aujourd'hui les berges tranquilles du lac, qu'il a fallu près de six ans de travaux et l'installation d'un véritable village ouvrier pour ériger le barrage de Sarrans. Construit entre 1929 et 1934 par la Compagnie du Midi, avant que le secteur électrique ne soit nationalisé en 1946, l'édifice culmine à plus de cent mètres de hauteur et barre la Truyère à cheval sur les communes de Brommat et de Sainte-Geneviève-sur-Argence. À l'époque, c'était l'un des plus grands barrages voûte d'Europe, et le chantier a mobilisé jusqu'à deux mille ouvriers, venus parfois de très loin, logés dans les communes proches comme Sainte-Geneviève-sur-Argence, Brommat, Cantoin, ou au niveau du hameau de La Cadène, où l'on retrouve encore quelques traces de cette époque si l'on sait où chercher.
Le lac : une rivière noyée sous cent mètres d'eau
Ce qui frappe quand on découvre le lac pour la première fois, c'est son tracé : pas une grande étendue ronde comme on l'imagine souvent, mais un long ruban sinueux qui épouse les anciennes gorges de la Truyère et de la Bromme sur près de trente-cinq kilomètres. En le regardant depuis un des nombreux belvédères qui dominent la vallée, on devine sous la surface le fantôme de la rivière d'avant, avec ses méandres encaissés entre des parois qui grimpent parfois à plus de trois cents mètres. Le vieux pont de Tréboul, submergé lors de la mise en eau, ne refait surface que lors des vidanges totales du lac, un événement rare (la dernière remonte à 2014) mais assez saisissant, qui rappelle que ce paysage n'a rien de naturel malgré son allure sauvage.
Naviguer sur le lac : barque et la presqu'île de Laussac
Depuis la terre ferme, on ne perçoit qu'une fraction du spectacle. Pour vraiment prendre la mesure des gorges, mieux vaut mettre une embarcation à l'eau : les falaises se resserrent, la végétation s'accroche aux pentes les plus improbables, et le silence n'est troublé que par quelques cris de rapaces au-dessus des crêtes. Deux points de mise à l'eau permettent de rejoindre le lac côté aveyronnais : Peyrarques et Laussac.
Laussac, une presqu'île à ne pas manquer
Laussac mérite qu'on s'y arrête, même sans bateau. Ce village bâti sur une presqu'île qui s'avance dans le lac offre un cadre à part, avec son camping et son restaurant en bord d'eau, idéal pour une pause repas ou une nuit avant de repartir explorer les environs. Gardez un œil sur les rives escarpées, c'est souvent là que se postent les meilleurs guetteurs de rapaces, et sur les chevreuils qui viennent parfois boire au petit matin le long des berges les plus tranquilles.
La pêche : un des meilleurs coins carnassiers du sud du Massif central
Sarrans a une réputation qui dépasse largement l'Aveyron chez les pêcheurs de carnassiers. Le lac est réputé pour ses brochets, parfois de belle taille, et pour ses sandres qui se pêchent surtout au leurre depuis une barque, en particulier aux abords des zones où la Truyère et la Bromme se rejoignaient avant la submersion : les variations de profondeur y créent des postes redoutables. On y trouve aussi des perches en bancs assez actifs au printemps et une population de carpes qui attire de plus en plus de pêcheurs venus poser leur bivouac pour deux ou trois nuits sur les berges les plus accessibles.
Pour pêcher légalement, il faut évidemment une carte de pêche valable pour le département, en vente dans les points de vente agréés des environs (Mur-de-Barrez, Pierrefort côté Cantal, ou directement en ligne). La réglementation distingue les zones classées en première et deuxième catégorie piscicole selon les secteurs du lac et des rivières qui l'alimentent, donc mieux vaut vérifier les arrêtés en vigueur avant de partir, notamment pour les périodes de fermeture du brochet. Pour mettre une barque à l'eau, direction Peyrarques ou Laussac côté aveyronnais : ce sont les deux accès les plus pratiques pour rejoindre les meilleurs postes du lac.
Le barrage vu du dessus : les points de vue à ne pas rater
Sans même approcher l'eau, plusieurs points de vue routiers valent largement le détour. Le belvédère aménagé juste au-dessus du barrage permet d'observer l'ouvrage dans toute sa hauteur, avec la sensation vertigineuse de voir cent mètres de vide sous les pieds. Un peu plus loin, en direction de Cantoin, la route qui longe la crête offre des vues plongeantes sur les méandres du lac qui changent complètement d'aspect selon l'heure et la saison. En automne, quand les feuillus des pentes virent au roux au milieu des résineux plus sombres, c'est sans doute le moment le plus photogénique pour qui aime la lumière basse et les contrastes.
Quand venir et comment organiser sa visite
Le niveau du lac varie sensiblement selon la gestion hydroélectrique d'EDF : il est généralement au plus haut en fin de printemps et en été, et peut baisser nettement en hiver, ce qui modifie l'aspect des rives d'une visite à l'autre. Pour la pêche comme pour la balade en barque, la période idéale s'étend de mai à septembre, avec une préférence personnelle pour juin, quand les foules estivales ne sont pas encore là et que la végétation est à son plus vert. Juillet et août restent agréables mais les points de vue les plus connus et la presqu'île de Laussac voient passer davantage de monde, notamment les week-ends.
Comptez une bonne demi-journée pour combiner un point de vue sur le barrage, une pause à Laussac et un moment de pêche ou de balade au bord de l'eau. Les routes d'accès, notamment depuis Mur-de-Barrez ou Pierrefort, sont sinueuses mais bien entretenues ; prévoyez simplement un peu plus de temps de trajet que ne l'indique le GPS, le relief de l'Aubrac et du Carladez ne se traverse jamais en ligne droite. Emportez de bonnes chaussures si vous comptez descendre jusqu'aux berges : les sentiers sont parfois raides et peuvent glisser après la pluie.
Un site à part dans le paysage aveyronnais
Ce qui rend Sarrans attachant, au fond, c'est ce contraste entre l'ampleur du génie civil des années 1930 et la nature qui a repris ses droits tout autour. On vient y chercher le grand air, une partie de pêche sportive ou simplement le plaisir de naviguer entre deux parois de granit, loin de l'agitation des sites les plus fréquentés du département. C'est un des visages les moins connus de l'Aveyron, et sans doute l'un des plus impressionnants.
Informations pratiques
- Accès : au départ de Mur-de-Barrez (D900 puis routes secondaires) ou de Pierrefort côté Cantal, comptez environ 30 à 40 minutes depuis Saint-Flour ou Rodez selon le point d'entrée
- Mise à l'eau : à Peyrarques ou à Laussac, côté aveyronnais ; impossible depuis La Barthe, en aval du barrage
- Étape conseillée : la presqu'île de Laussac, avec son camping et son restaurant en bord de lac
- Pêche : carte de pêche obligatoire, en vente dans les dépôts locaux ou en ligne ; vérifier les périodes de fermeture selon les catégories piscicoles
- Point de vue barrage : belvédère aménagé accessible en voiture au-dessus de l'ouvrage, gratuit et ouvert toute l'année
Questions fréquentes
Peut-on se baigner dans le lac de Sarrans ?
La baignade n'est pas aménagée officiellement sur ce lac, davantage orienté vers la pêche et la navigation calme en barque.
Où mettre un bateau à l'eau sur le lac de Sarrans ?
La mise à l'eau se fait à Peyrarques ou à Laussac, côté aveyronnais. Elle est impossible depuis La Barthe, en aval du barrage.
Faut-il une carte de pêche pour pêcher sur le lac de Sarrans ?
Oui, une carte de pêche est obligatoire, disponible dans les dépôts locaux ou en ligne ; vérifiez les périodes de fermeture selon les catégories piscicoles.