Un chaos rocheux qui n'a rien d'une ville

Le nom prête à confusion, et c'est bien volontiers qu'on s'y laisse prendre la première fois. Montpellier-le-Vieux n'a jamais été une cité au sens propre : c'est un chaos de rochers dolomitiques, façonné patiemment par l'eau et le gel sur des millions d'années, qui a fini par ressembler à s'y méprendre à des ruines urbaines. Des tours, des arches, des rues qui serpentent entre les blocs, des places qui s'ouvrent soudain : les bergers du Causse Noir, en découvrant ce dédale au XIXe siècle, y ont vu les vestiges d'une civilisation disparue. L'explorateur Édouard-Alfred Martel, qui a exploré et cartographié le site à partir de 1883, a largement contribué à sa notoriété, mais bien avant lui les gens du pays racontaient déjà des histoires sur cette ville de pierre hantée.

Ce qui frappe quand on y met les pieds, c'est l'échelle. Certaines de ces formations dépassent les vingt mètres de haut, et le site s'étend sur plus de cent vingt hectares de causse. On y trouve des noms évocateurs donnés aux rochers : le Sphinx, l'Ours, la Porte de Mycènes, le Lion de Némée. Certains sont assez limpides, d'autres demandent un peu d'imagination et beaucoup de lumière rasante pour révéler leur forme. Notre conseil : venez en fin de matinée ou en fin d'après-midi plutôt qu'en plein midi, la lumière rasante souligne bien mieux les silhouettes des rochers que le soleil au zénith.

Comment s'est formé ce paysage

La roche en question, c'est de la dolomie, une variante calcaire plus friable et plus sensible à l'érosion que le calcaire classique des causses voisins. L'eau de pluie s'est infiltrée dans les failles pendant des millénaires, dissolvant peu à peu la roche, tandis que le gel hivernal faisait éclater les blocs les plus fragiles. Le résultat, c'est ce paysage karstique unique en France, souvent comparé au Colorado ou aux paysages arides du sud-ouest américain, ce qui n'a pas manqué d'inspirer quelques tournages au fil des décennies.

Les sentiers pour explorer le site

Le site propose plusieurs circuits balisés, ce qui permet d'adapter la visite à son temps disponible et à sa condition physique. Le grand circuit, celui qui fait la réputation du lieu, tourne autour de deux heures de marche et permet de traverser les zones les plus spectaculaires : le Belvédère du Rajol, qui offre une vue plongeante sur les gorges de la Dourbie, et le secteur des Corniches, où l'on domine littéralement le chaos. Nous vous conseillons d'arriver dès l'ouverture si vous visitez en juillet ou août : le parking se remplit vite en pleine saison et les premières heures de la matinée sont aussi les plus fraîches pour marcher sur un site offrant peu d'ombre.

Informations pratiques

  • Accès : à environ 8 km de Millau par la D110, direction Le Rozier puis La Roque-Sainte-Marguerite
  • Ouverture : généralement d'avril à novembre, horaires variables selon la saison (à vérifier avant de partir)
  • Durée de visite : de 1h30 pour le petit circuit à 3h pour le grand tour
  • À prévoir : chaussures de marche, eau en quantité (peu d'ombre sur certains tronçons), casquette en été

Notre repère pour un séjour dans le secteur : les campings du Causse Noir et des gorges de la Dourbie permettent de rejoindre le site en une vingtaine de minutes tout en restant proches des gorges du Tarn et du viaduc de Millau, pratique pour enchaîner plusieurs visites sans multiplier les trajets.